Officiellement les APE sont des accords commerciaux basés sur la logique du partenariat économique, se sont toujours d’après les Européens, des instruments de développement, qui s’attachent à renforcer les intégrations économiques régionales des zones AFRIQUE, CARAÏBE, PACIFIQUE ( ACP) concernées et favoriser leur insertion dans l’économie mondiale.

En réalité les Accords de Partenariat Économique sont issus de l’accord de Cotonou qui est l’instrument par lequel l’Union européenne contraint 77 pays ACP à se soumettre aux accords de Marrakech, qui sont eux-mêmes issus des règles de l’OMC.

Le 16 avril 2004 a eu lieu l’ouverture des négociations entre l’Union européenne (UE) et le Caricom sur la conclusion d’un accord de partenariat économique. Cet accord nous concerne au plus haut point car il prévoit une libéralisation des échanges entre l’Union européenne et les Etats voisins de la Caraïbe. C’est au titre de « région européenne » que nous sommes concernés par cet accord.

 L’accord prévoit une zone de libre échange dans la Caraïbe.

Cet accord qui été finalisé en décembre 2007 concerne toute l’économie guadeloupéenne puisque “région européenne ” nous sommes en première ligne du système de libre échange entre l’Union européenne et nos voisins. 

Pour atteindre cet objectif, du côté européen on supprimera les droits de douane et les taxes d’effets équivalents et du côté du Caricom les listes négatives ( droits de douane prohibitifs). 

Les obstacles non tarifaires telles les mesures sanitaires et phytosanitaires… seront également supprimées.

Pendant que les élus se taisent,  les milieux patronaux, le lobby de l’import et la bourgeoisie compradore travaillent en coulisse, font du lobbying  et étudient avec attention tous les avantages à tirer du nouveau dispositif : possibilité d’acheter à meilleur prix les produits agricoles  que les produits locaux concurrents, possibilité de délocaliser leurs entreprises pour profiter d’une main–d’œuvre à meilleur coût, possibilité de revendre à nos voisins les produits industriels et agricoles de l’Union européenne…Pour convaincre les sceptiques les milieux dirigeants guadeloupéens affirment  que la Guadeloupe pourra exporter et” mettre à profit l’excellence guadeloupéenne”. On croit rêver ! A écouter ces milieux, la Guadeloupe serait un poste avancé de l’Union européenne capable d’acheter ( dans la pure tradition coloniale) à nos voisins des produits agricoles primaires et de leur vendre des produits à haute valeur ajoutée. 

Tout cela se passe entre initiés, “entre gens de bonne compagnie ». 

Tout se passe comme si on voulait mettre le peuple guadeloupéen devant le fait accompli. Triste démocratie !

 S’il est clair que le lobby de l’import a tout à gagner de l’accord de libre échange, on ne peut en dire autant de nos petits producteurs, de nos marins-pêcheurs.

On peut s’étonner de l’absence d’analyse critique de nos responsables politiques. En réalité, ni le peuple de la Guadeloupe, ni les peuples de la Caraïbe, n’ont rien à gagner dans cette zone de libre échange. En effet ces fameux Accords de Partenariat Économique ( APE) sont eux-mêmes issus des accords de Cotonou qui succèdent aux accords de Lomé. L’accord de Cotonou est l’instrument par lequel l’Union européenne contraint 77 pays ACP à se soumettre aux accords de Marrakech qui consacrent officiellement la mondialisation capitaliste. Rappelons pour mémoire que c’est à Marrakech qu’a été signé l’acte de décès de l’OCM banane.

L’analyse de nos exportations actuelles : nourriture et animaux vivants et quelques produits manufacturés en provenance de l’Union européenne montrent que dans la situation économique actuelle de notre économie, nous n’avons rien à vendre à nos voisins. Quant à nos amis de la Caraïbe, en dehors des produits de l’agriculture et de la pêche ( concurrents de nos propres productions), ils n’ont rien à nous vendre.

 Le vrai gagnant de cet accord de libre échange est l’Union européenne ou tout au moins ses entreprises. L’Union a profité des accords de Cotonou pour remplacer le système de préférence commerciale non réciproque, qu’elle avait concédé aux pays ACP lors de la signature des accords de Yaoundé, puis de Lomé, pour le remplacer par un système de libre échange qui ne profite qu’aux pays les plus riches. Il est devenu clair que l’objectif poursuivi par l’Union n’est pas le développement des pays de la Caraïbe, mais de nouveaux marchés accessibles pour ses entreprises.

 La Guadeloupe et la Martinique ne sont que les instruments de cette politique néo-coloniale. 

                                                                                                        Alain  Plaisir

                                                                                                Président du CIPPA

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