Pour parler de tourisme en Guadeloupe, on pourrait paraphraser la célèbre formule de CLEMENCEAU : « La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires ».

Nous avons tendance à dire que le tourisme est une affaire trop importante pour être confiée aux hôteliers.

En effet, quel est le seul souci des hôteliers ? Remplir leurs hôtels et  à tout prix. Pour se faire : avoir des prix attractifs pour être compétitifs vis à vis de la concurrence des pays qui vendent eux aussi : soleil, plages et cocotiers.

 Donc, ils feront tout pour avoir des aides publiques ; défiscalisation, exonérations de charges sociales, exonérations d’octroi de mer etc.… 

Puisqu’à leurs yeux, les aides ne sont pas suffisantes, ils vont vouloir réduire les coûts, faire pression sur les salaires, acheter de la nourriture sur le marché international, plutôt que de privilégier la production locale.

Qui peut leur en vouloir ? Ils ont investi leur argent et ils estiment légitime de faire le maximum de profits.

Et comme ils ont les moyens de faire du lobbying auprès des élus pour la promotion de la destination et leur propre promotion, ils vont affirmer que tout doit être mis en œuvre pour remplir leurs hôtels parce c’est bon pour la Guadeloupe.

 Même en période d’épidémie, les grandes chaînes hôtelières (groupe Accor) font pression sur le gouvernement pour qu’il ouvre grandes les frontières de la Guadeloupe.

Ils ont persuadé, presque tout ce que la Guadeloupe compte d’élus, que ce qui est bon pour eux est bon pour la Guadeloupe.

C’est ainsi que nous entendons le président de la région souhaiter que la Guadeloupe reçoive 1 million de touristes.

Un million de touristes, c’est la population de la Guadeloupe (un peu moins de 400 000 habitants) multipliée par 2,5.

  A titre de comparaison, la France qui est le pays le plus touristique du monde reçoit 87 millions de touristes par an pour 66 millions d’habitants, ce qui équivaut à un nombre de touristes égal seulement à 1, 2 fois le nombre de ses habitants.

Et pourtant, malgré tous les efforts des contribuables guadeloupéens, le tourisme, pour l’instant, ne représente que 9,5 % de la contribution globale au PIB guadeloupéen. Nous savons déjà que l’épidémie de COVID-19 a lourdement impacté le secteur et hypothèque sévèrement les résultats initialement attendus sur l’année 2020…

Pour l’instant, on ne peut pas dire que la politique touristique soit un succès. On n’a qu’à voir la réaction de la population à l’arrivée massive des touristes pour les fêtes de fin d’année 2020.

Trop de tourisme, tue le tourisme : Oui pour accueillir mais sans se faire envahir.

Surtout le tourisme doit aider au développement des autres secteurs ; agriculture, artisanat, industrie.

Enfin le tourisme doit être intégré dans une stratégie globale de développement qui va de la formation des guadeloupéens et notamment des plus jeunes, à l’apprentissage des langues étrangères, à la protection de l’environnement et à la prise en charge du patrimoine de la Guadeloupe. 

La clientèle touristique doit être aussi diversifiée, actuellement 91% des visiteurs viennent de France.

 Ce qui veut-dire que nous ne récupérerons pas d’autres devises que l’euro.  (Très peu de dollars, qui reste la monnaie étalon…)

Enfin, le tourisme ne doit pas simplement avoir comme vocation de remplir les hôtels, il doit permettre d’améliorer les finances de collectivités. Une taxe à l’aéroport devrait être créée pour financer les infrastructures, améliorer la distribution de l’eau  etc… De même que certains sites très visités devraient être payants.

Pour résumer : Oui au tourisme, avec moins de touristes, mais qui dépensent plus.

                                                         Alain PLAISIR

                                                Président du CIPPA

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