PENSER GLOBAL, AGIR LOCAL !

Pendant que certains par naïveté ou par méconnaissance des réalités internationales, continuent à s’égosiller, en vain, avec des slogans du genre « manger local », les puissants de ce monde, tissent progressivement les mailles du filet, pour nous rendre totalement dépendants : dépendants économiquement et politiquement
Pour comprendre le contexte international ( Global) et agir en Guadeloupe ( Local), il faut connaitre la situation géopolitique de notre région et du monde.
C’est pour cette raison, que le CIPPA a décidé de publier une série d’articles SUR DES SUJETS QUI DEPASSENT LE CADRE EXCLUSIF DE LA GUADELOUPE mais qui nous concernent au plus haut point

Aujourd’hui : L’ACCORD DE PARTENARIAT ECONOMIQUE (APE) Union européenne-Caraïbe

Officiellement les APE sont des accords commerciaux basés sur la logique du partenariat économique, se sont toujours d’après les Européens, des instruments de développement, qui s’attachent à renforcer les intégrations économiques régionales des zones AFRIQUE, CARAÏBE, PACIFIQUE ( ACP) concernées et favoriser leur insertion dans l’économie mondiale.
Les caractéristiques de l’APE :
– L’élimination des restrictions tarifaires et non tarifaires sur l’essentiel des échanges commerciaux.
– Le Libre échange généralisé
En réalité les accords de partenariat économique sont issus de l’accord de Cotonou qui est l’instrument par lequel l’Union européenne contraint 77 pays ACP à se soumettre aux accords de Marrakech, qui sont eux-mêmes issus des règles de l’Ogarnisation Mondiale du Commerce. ( OMC)
Les Accords de l’OMC concourent tous aux mêmes objectifs : libéraliser le commerce mondial en ouvrant les frontières et en abattant les barrières ; appliquer à toutes activités les principes de la concurrence et les lois du marché.
Il existe une douzaine d’accords ; les principaux sont :
– l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, il couvre le domaine des marchandises
– l’Accord général sur le commerce et les services AGCS
– l’accord général sur l’agriculture
– l’Accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires
Le 16 avril 2004 a eu lieu l’ouverture des négociations entre l’Union européenne (UE) et le CARICOM sur la conclusion d’un accord de partenariat économique.
Cet accord qui a été finalisé en décembre 2007 concerne toute l’économie guadeloupéenne puisque « région européenne  » nous sommes en première ligne du système de libre échange entre l’Union européenne et nos voisins.
Pendant que les élus se taisent et s’amusent, le lobby de l’import et la bourgeoisie compradore travaillent en coulisse, font du lobbying et étudient avec attention tous les avantages à tirer du nouveau dispositif : possibilité d’acheter à meilleur prix les produits agricoles que les produits locaux concurrents, possibilité de délocaliser leurs entreprises pour profiter d’une main–d’œuvre à meilleur coût
Pour convaincre les sceptiques, les milieux dirigeants guadeloupéens affirment que la Guadeloupe pourra exporter et » mettre à profit l’excellence guadeloupéenne ». On croit rêver ! A écouter ces milieux, la Guadeloupe serait un poste avancé de l’Union européenne capable d’acheter ( dans la pure tradition coloniale) à nos voisins des produits agricoles primaires et de leur vendre des produits à haute valeur ajoutée. Tout cela se passe entre initiés, « entre gens de bonne compagnie ».
Tout se passe comme si on voulait mettre le peuple guadeloupéen devant le fait accompli. Triste démocratie ! Sil est clair que le lobby de l’import a tout à gagner de l’accord de libre échange, on ne peut en dire autant de nos petits producteurs, de nos marins pêcheurs et peut être même des recettes fiscales des collectivités. En effet est on vraiment sûr de conserver l’octroi de mer, quand est prévu dans l’accord la suppression des droits de douane et de toutes taxes d’effets équivalents.
On peut s’étonner de l’absence d’analyse critique de nos responsables politiques. En réalité ni le peuple de la Guadeloupe, ni les peuples de la Caraïbe, n’ont rien à gagner dans cette zone de libre échange. En effet ces fameux Accords de Partenariat Economique ( APE) sont eux-mêmes issus des accords de Cotonou qui succèdent aux accords de Lomé. L’accord de Cotonou est l’instrument par lequel l’Union européenne contraint 77 pays ACP à se soumettre aux accords de Marrakech qui consacrent officiellement la mondialisation capitaliste. Rappelons pour mémoire que c’est à Marrakech qu’a été signé l’acte de décès de l’Organisation Commune du Marché de la banane ( fin des quotas pour la banane des Dom).
L’analyse de nos exportations actuelles : nourriture pour animaux et quelques produits manufacturés en provenance de l’Union européenne montrent que dans la situation économique actuelle de notre économie, nous n’avons rien à vendre à nos voisins. Quant à nos amis de la Caraïbe, en dehors des produits de l’agriculture et de la pêche ( concurrents de nos propres productions), ils n’ont rien à nous vendre. Le vrai gagnant de cet accord de libre échange est l’Union européenne ou tout au moins ses entreprises
Il est devenu clair que l’objectif poursuivi par l’Union Européenne n’est pas le développement des pays de la Caraïbe, mais de nouveaux marchés accessibles pour ses entreprises. La Guadeloupe et la Martinique ne sont que les instruments de cette politique néocoloniale.
C’est pour cette raison que le CIPPA milite pour un autre statut qui permettrait de négocier directement avec nos voisins sur la base d’une coopération « gagnant-gagnant »

Alain Plaisir
Président du CIPPA