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Je suis très sensible à l’honneur qui m’est fait au nom du CIPPA – de participer aux travaux du Congrès, en ce moment où d’épais nuages s’amoncellent sur l’avenir de notre archipel.

L’un d’entre eux s’avance lentement avec la bannière d’un fascisme importé d’une extrême droite raciste qui se réveille partout en Europe et dont les premiers effets, commencent, hélas, à se faire sentir dans l’Outre mer français.

Il est temps d’y mettre un terme le plus rapidement possible.

C’est pourquoi le CIPPA déclare à l’adresse de toutes les Guadeloupéennes et tous les Guadeloupéens, quels qu’ils soient,  et surtout des jeunes qu’il leur est fait obligation de savoir avant tout compter sur eux-mêmes en sachant qu’une nécessaire évolution statutaire de la Guadeloupe, dans le cadre de la constitution  Française et du TFUE, repose principalement sur le besoin de se prémunir contre une nouvelle aliénation.

Il ne suffit donc pas de vouloir substituer à l’actuel département-Région une Collectivité unique, puisque toute évolution passera forcément par cette voie. L’essentiel doit être dans le contenu du nouveau cadre statutaire.

Tout qui était envisageable pour cultiver notre différence a déjà été essayé : départementalisation adaptée, décentralisation audacieuse. Mais parce que les faits sont têtus et que le développement économique ne s’impose pas à coups de lois et de décrets la prise en mains des affaires d’un pays suppose l’instauration d’une structure attractive, tant aux yeux de la population interne qui doit s’y sentir associée et concernée, qu’à ceux des tiers.

Une manière de dire qu’en créant de la richesse, donc de l’emploi la nouvelle Guadeloupe doit être de nature non seulement à motiver et à mobiliser sa jeunesse mais encore à forcer l’admiration ainsi que le respect .

C’est en prenant en compte le contexte international,  l’intégration de la Guadeloupe à l’Union Européenne et le déclin de la production en Guadeloupe, que le CIPPA a élaboré son projet d’évolution statutaire

Sans rentrer dans le détail de la mondialisation, nous sommes obligés d’analyser et prendre en compte  : l’Organisation Mondiale du Commerce.

 C’est une institution internationale qui prétend organiser les échanges internationaux. L’OMC est un ensemble d’accords qui concoure aux mêmes objectifs : libéraliser le commerce mondial en ouvrant les frontières et en abattant les barrières, en appliquant à toutes les activités, le principe de la concurrence et les lois du marché.

 C’est à partir de ce principe que les quotas réservés à la banane et au sucre ont disparu et que ces deux cultures d’exportation connaissent un déclin irrésistible

II INTEGRATION à l’UNION EUROPEENNE

 Beaucoup de compétences de la nation française ont été transférées à l’Union Européenne. C’est le cas de la politique commerciale commune, de l’Union douanière, de l’établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur européen, de la conservation des ressources biologiques de la mer et enfin la conclusion d’accords internationaux. La Guadeloupe, n’est propriétaire, ni de sa mer, ni de son sous-sol, ni de sa biodiversité. Nous l’avons vu récemment avec la vente de la centrale géothermique de Bouillante, que l’Etat a vendu à une entreprise américaine sans même demander leur avis aux collectivités locales.

Comme la France, l’Union européenne, a aussi des compétences exclusives :

Depuis le 1er janvier 1993, les Etats membres ont transféré à l’Union européenne un certain nombre de pouvoirs qui sont de la compétence exclusive de l’Union Européenne. A titre d’exemple, c’est l’Europe  qui augmente ou diminue les droits de douane et qui signe les accords commerciaux 

 C’est aussi l’UE qui récupère les droits de douane perçus sur les produits  tiers. Même si ces droits sont perçus à Pointe-à-Pitre, se sont des recettes de l’UE.

C’est aussi le cas de la pêche. La pêche relève, en effet, de la compétence de l’Union Européenne.

 Les centres de décisions s’éloignent, chaque jour, un peu plus pour les Guadeloupéens.  Départementalisation, intégration européenne et par le biais de l’Union européenne, intégration au marché mondial, voilà donc la nouvelle réalité.  

III-DÉCENTRALISATION ET DÉSENGAGEMENT

Beaucoup de Guadeloupéens ont pensé et pensent encore que la décentralisation a confié de vrais pouvoirs aux élus de notre archipel. En réalité, c’est un marché de dupes.

 Nombreux pensent  que le transfert à la région d’un rôle économique,  veut dire un transfert de la politique économique. En réalité, l’Etat s’est désengagé. L’Etat a en effet cherché à réduire son déficit par une politique de transferts de compétences, sans accorder l’équivalent en termes de ressources.. L’Etat a transféré au conseil général, devenu conseil départemental, la gestion du RSA, dont le nombre des bénéficiaires est en constante augmentation : 48 000 fin 2016.

 IV- LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE SE DÉGRADE

Au niveau social, le chômage continue à augmenter, il touche en  2018, près de 58 000 personnes sur une population active de 159 000 personnes. Les jeunes sont particulièrement touchés, près de 60% de chômeurs parmi les moins de 30ans. 

Sur le plan économique, la Guadeloupe produit de moins en moins de richesses : Les productions traditionnelles – banane et sucre – sont en nette régression.  

La production de viande animale n’atteint qu’un taux de couverture de 21% (des besoins).

Même le poisson, qui devrait être une de nos richesses, ne couvre que 50% de notre consommation.

 L’industrie régresse,  même si la très importante zone commerciale de Jarry s’appelle pompeusement Zone Industrielle de Jarry.

L’activité ne repose que sur l’emploi public et les services, alimentés quasi exclusivement par les transferts publics et sociaux.

Devant l’échec de la politique économique actuelle basée uniquement sur l’importation massive de produits les plus élémentaires et la disparition des activités productives, il devient impératif de trouver une autre voie, une alternative économique et politique. 

V- LE CIPPA PROPOSE UNE NOUVELLE POLITIQUE ÉCONOMIQUE BASEE SUR LA PRODUCTION

 Il sera de plus en plus difficile de conquérir des marchés extérieurs, ou de garder le marché de la France pour les cultures de la colonisation. La vraie et seule alternative passe par la conquête du marché intérieur.

Etant donné le coût de revient des produits importés, la plupart de la production agricole et même artisanale de la Guadeloupe est appelée à disparaitre, s’il n’y a pas une protection de la production guadeloupéenne. Pour protéger les productions guadeloupéennes et conquérir le marché intérieur, il faut obligatoirement un Tarif douanier Guadeloupéen. Ce tarif douanier Guadeloupéen aura un double objectif : protéger la production industrielle et agricole de la Guadeloupe et procurer des recettes fiscales pour aider au développement économique.

Pour créer les conditions objectives permettant de mettre en place la préférence guadeloupéenne, il faut inverser graduellement, production par production, service par service, les mécanismes (dont le libre-échange) ayant permis depuis un demi-siècle la destruction de notre production.

Il ne s’agit pas de basculer dans un protectionnisme généralisé. Il s’agit d’inverser ponctuellement, production par production, service par service, les mécanismes socio-économiques ayant entrainé depuis un demi-siècle, l’augmentation exponentiel du chômage. 

Tout cela n’est pas possible avec le statut actuel. Alors quel statut 

VI- QUEL STATUT pour la Guadeloupe

Le statut de région européenne de la Guadeloupe, axé sur son intégration à la logique du libre-échange ne lui ouvre aucune perspective de développement, au contraire, il la conduit à la destruction de ses activités productives. Ce statut de département d’outre-mer ne permet ni de construire une économie équilibrée, ni d’imaginer un modèle de société adapté aux réalités de la Guadeloupe et aux capacités de notre peuple.

Il faut que les nouvelles institutions renferment suffisamment de pouvoir pour mettre tout de suite en place une nouvelle politique économique. En premier lieu, la Guadeloupe doit-être hors du territoire douanier européen au même titre que les PTOM. La nouvelle collectivité doit avoir  de nouvelles compétences, dont la compétence douanière et fiscales la politique économique, l’environnement, l’urbanisme, le transport, la coopération avec les peuples, la législation du travail, le sport.

Nous devons avancer vers l’autosuffisance alimentaire, nous rapprocher le maximum du plein emploi, protéger notre environnement, décoloniser notre culture, nous insérer dans le mouvement mondial contre la mondialisation néolibérale et le réchauffement climatique.

 L’Alternative est possible. Elle passe par la mise en place d’un Pouvoir Guadeloupéen qui définira avec le pouvoir central un partage de compétences. 

Nous lançons un appel à l’ensemble de la population guadeloupéenne pour maintenir et protéger cette conscience collective qui nous anime et qui exprime un besoin de responsabilisation, de construction et d’apaisement.

C’est par notre devoir de transparence et notre exigence démocratique que nous révélons à la Guadeloupe notre ambition pour ses enfants d’aujourd’hui et ses héritiers de demain.

 Alain   PLAISIR                                                                       

Président du CIPPA

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