Après les poissons de Chine, les ouassous du Viêt-Nam, les pois d’Angole du Pérou, les ignames du Costa-Rica, les crabes de Madagascar , les cuisses de poulet de Pologne,  les frites de patate douce ..etc., voilà maintenant qu’apparaît sur les étals des commerçants de la distribution alimentaire  de la farine de manioc originaire du BÉNIN.

Voilà  la mésaventure qui m’est arrivée  et qui illustre cette tendance.

En effet, je m’apprêtais, il y a quelques jours, à acheter  un paquet de 500 grammes de farine de manioc, persuadé qu’il s’agissait de la farine de manioc de Guadeloupe,   quand je me suis rendu compte que cette farine n’était pas originaire de notre pays.

 Mais réflexe naturel chez moi, je regarde l’origine  et la provenance du produit.

Grande surprise ( mais  est ce vraiment une surprise ! ).

 Je lis sur l’étiquette : ORIGINE BENIN

IMPORTE  par Racines 34 397 MONTPELLIER

DISTRIBUTEUR :  SADIPRO  Jarry  . Baie-Mahault.

Donc, je décide de ne pas acheter dans ce magasin et je me rends dans un petit magasin de proximité à Gourbeyre. Sûr et certain que je vais trouver du manioc de Guadeloupe.

Hélas, c’est toujours le même manioc :  origine BENIN..

Je refuse d’acheter et je me dis que je vais m’arrêter, en allant à Pointe-à-Pitre,  à la Kassaverie de l’Ilet Pérou  à Capesterre  Belle-Eau

Dépassons l’émotion et faisons une analyse économique et politique

  • Le manioc est un produit qui est fabriqué en qualité et en quantité dans notre archipel.
  •  Cela n’empêche pas un importateur, qui a son entreprise en France ( Montpellier ) d’importer d Afrique . Lui c’est du manioc, d’autres  c’est du poisson de Chine, ou du poulet de Pologne.
  • Les clients de ces importateurs ne sont pas en France, mais en Guadeloupe, où se trouve un distributeur exclusif.
  • L’argent  rentre d’abord dans la poche des Béninois, ensuite dans la poche de l’importateur de Montpellier et enfin dans la poche du distributeur de Jarry.
  • Et aussi de la CGM-CMA qui a transporté cette marchandise d’Afrique à la France et de la France à la Guadeloupe.
  • Et enfin dans les caisses de l’ETAT qui prélève la TVA au taux de 2,10% sur le prix de la marchandise, majoré du coût du fret entre l’Afrique et la France et ensuite du fret entre la France et la Guadeloupe

Toutes ces personnes font une concurrence déloyale aux producteurs de manioc de Guadeloupe qui,  faute de clients suffisants, disparaissent progressivement.

Autre élément d’analyse :   l’octroi de mer qui est censé (d’après les élus régionaux) protéger la production guadeloupéenne avec un taux de 10%, ne protège rien du tout.

Résultat final : L’argent des Guadeloupéens  s’en va, crée des richesses et des emplois ailleurs, Dans le même temps, ces importations détruisent  des richesses et des emplois chez nous.

Pourquoi raconter cette histoire :

  • Pour rappeler, une fois de plus, que le fameux « manjé lokal », ne veut pas dire manger un produit guadeloupéen
  • Les initiatives individuelles doivent être encouragées, mais il est clair qu’elles ont,  pour la plupart, peu de chance d’aboutir, si les règles du jeu ne sont pas modifiées.
  • Que dans une économie globalisée, les analyses sectorielles, c’est-à-dire, secteur par secteur, entreprise par entreprise ne permettent pas de comprendre le mode de fonctionnement de l’économie dans un système capitaliste libéral et dans un pays qui a  gardé les structures coloniales.
  • Pour dire enfin,   à celles et à ceux qui pensent que la bonne volonté suffit, il n’existe pas de phénomène purement économique, il existe une interdépendance constante et complexe entre la dimension économique et politique.

C’est pour cette raison que le CIPPA, très tôt,  a affirmé que,  pour développer notre économie, il faut une soustraction partielle aux  lois du marché. Lois du marché qui ne profitent qu’aux plus puissants.

Bref, il faut un POUVOIR GUADELOUPÉEN, pour mettre en place les mécanismes  indispensables, parfaitement décrits dans  «  le Projet d’évolution statutaire de l’Archipel Guadeloupéen  et dans de mes ouvrages : «  Conquête du marché intérieur » et « la Préférence Guadeloupéenne. »        

   Le 09 septembre 2020

   Alain PLAISIR

   Président CIPPA

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