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En l’espace d’une semaine deux ministres de la République, ont parlé de la Mer. D’abord Ségolène Royal qui  le 18 juin en présentant la  loi sur la transition énergétique. a affirmé que l’Insularité est une chance, et le même jour  George Pau-Langevin dans une intervention au Sénat, a mis l’accent sur l’importance des Zones Economiques Exclusives.

Nous ne pouvons que nous réjouir de constater que les hautes autorités de l’Etat, viennent, enfin, sur un terrain que nous avons « défriché » depuis longtemps et que nous considérons comme essentiel pour le développement économique et social de la Guadeloupe

Déjà en 2008 dans le livre Conquête du Marché intérieur,  dans le chapitre intitulé : L’insularité une chance. Je disais : «  Nous avons vu que les nouvelles conditions de transport, la baisse constante du prix du fret, les moyens modernes de communication, font de la Guadeloupe, de moins en moins une île en terme d’éloignement. Certes la vie est plus chère qu’en France, mais cela est dû à l’absence de concurrence entre grandes surfaces, et surtout au déséquilibre des échanges et aux marges considérables des importateurs. Contrairement à ce qu’affirment les Européens et leurs relais en Guadeloupe : l’insularité n’est pas un handicap, mais une chance. Un chapitre précédent a mis en évidence les merveilleuses possibilités qu’offrent les énergies renouvelables et le potentiel énorme de la Guadeloupe dans ce domaine.

L’insularité permet aussi d’avoir un territoire beaucoup plus grand que la seule partie terrestre. Grâce à sa Zone Exclusive Maritime, la Guadeloupe qui à une superficie terrestre de 1500 km2, possède une zone économique maritime de 90 000km2 et 95 000 si on compte St-Martin et Saint-Barthélemy. Cette surface représente environ 50 fois la surface terrestre totale de l’archipel, ce qui veut dire qu’avec cette zone économique exclusive, la surface exploitable de notre pays se trouve multiplié par 50 et le territoire et la Guadeloupe devient aussi grande que le Portugal. 

Dans la Zone Economique Exclusive, l’Etat côtier à des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de conservation et de gestions des ressources naturelles biologiques ou non biologiques des fonds marins et des fonds sous-marins et de leur sous-sol, ainsi que l’exploitation et l’exploration de la zone à des fins économiques.

 Les énormes potentiels de la mer et du rivage ont été décrits dans le chapitre concernant les énergies renouvelables (éoliennes…). D’autre part, personne n’ignore la possibilité qu’offrent de la mer en termes de pêche. Le Guadeloupéen est l’un des plus gros mangeurs de poissons du monde, mais depuis une dizaine d’années, on assiste à une limitation des prises à cause de la surexploitation sur la bande côtière. Il convient donc de rationaliser cette pêche  et envisager d’exploiter les espèces en haute mer et dans les profondeurs. On pensait autrefois que la mer était pour l’essentiel un désert de vie. En effet la photosynthèse s’arrête au-delà de quelques 100 mètres de couche supérieure de l’océan. Mais les progrès de la biologie ont permis de découvrir que de nombreuses zones océaniques abritent une riche biodiversité. Les monts sous marins, en particulier se révèlent des habitats importants : «ils agissent  comme des centres d’évolutions de nouvelles espèces, comme des refuges pour des populations résiduelles et comme des lieux de rebond pour la dispersion d’espèces à travers les océans » écrivaient un groupe de biologistes dans un colloque qui s’est tenu au Mexique en 2003 (Defying ocean’s, Island Press, 2004 ). La mer est un atout pour le tourisme et les installations portuaires créent des milliers d’emplois. De plus en plus le grand public a entendu parler de l’exploitation du pétrole « off shore » en Norvège, en Ecosse et plus près de nous à Trinidad. Cependant l’océan possède d’autres matières premières comme le fer et des nodules polymétalliques qui contiennent du nickel, du chrome, du molybdène, du cuivre, par ailleurs, en suspension dans l’eau de mer on trouve du chlore, du manganèse, du sodium, du magnésium, de la potasse du brome et du diamant ».

En 2012, j’allais plus loin dans le livre intitulé ZEE

La mer qui est l’élément essentiel qui caractérise une île ou un archipel est une richesse méconnue par la plupart de nos compatriotes. En ce début du 21ème siècle, c’est la mer qui sauvera non seulement la Guadeloupe, mais aussi l’humanité, grâce à son potentiel alimentaire, son potentiel médical, son potentiel énergétique en énergies bleues, son potentiel scientifique et son potentiel économique.

C’est pour cette raison, qu’il convient de considérer cette mer qui entoure la Guadeloupe, comme un atout, déjà pour aujourd’hui, et plus encore pour demain.  D’ailleurs dans le projet  du CIPPA, que j’ai l’honneur  de présider, il est accordé une place prépondérante à la mer.

Enfin dans une lettre ouverte adressée au Président de la République  le 15 avril 2014, après avoir contesté le traité de délimitation, signé en 1980 entre la France et le Venezuela, J’affirmais en tant que président du CIPPA :

Ce traité a eu comme conséquence principale de faire de l’ile d’AVES un territoire Vénézuélien.

Il se trouve que ce traité n’est pas compatible avec la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay (Jamaïque) le 10 décembre 1982. Cette convention est entrée en vigueur le 16 novembre 1994, après ratification par la Communauté européenne en l’année 1988.

Et d’ajouter

« En effet, la ZEE de la Guadeloupe qui est, actuellement, d’environ 90 000 km2 pourrait doubler en y incluant l’île d’Aves. Quand on connaît les richesses  de la mer, nous, Guadeloupéens, ne pouvons rester indifférents à ce fait majeur. A cet égard, l’article 56 de la Convention de Montego Bay stipule que dans la zone Economique Exclusive, l’Etat côtier a des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux surjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous – sol, ainsi qu’en ce qui concerne d’autres activités tendant à l’exploration et à l’exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d’ énergie à partir de l’eau, des courants et des vents…

Sans doute, à cause de notre histoire, la mer est encore perçue par nous comme un élément hostile, alors qu’elle fait l’objet, dans le monde entier d’espoir pour les pays ayant une façade maritime et de convoitises pour ceux qui n’en possèdent pas. Il est temps pour nous, Guadeloupéens, de prendre conscience que nous sommes des îliens et que nous vivons dans un archipel dont les ressources terrestres, sous l’effet de la disparition des terres agricoles approchent des limites d’exploitation. Heureusement, que nous avons cette mer qui recèle d’immenses réserves biologiques, des matières premières et un potentiel d’énergie renouvelable illimité.

Alain PLAISIR

Président du CIPPA

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