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               La salle Rémy Nainsouta était comble et a connu un vif succès, lors de la présentation du projet d’évolution statutaire de la Guadeloupe par le CIPPA, le 6 février 2015.  À cette occasion, Maurice Marianne, bâtonnier honoraire de la Guadeloupe et militant du CIPPA, a fait une intervention liminaire dont nous reproduisons l’intégralité.

Mesdames, Messieurs,

Par ces temps agités où les catastrophes et les malheurs viennent de partout,  il n’est nullement superflu de s’arrêter un instant pour se pencher sur l’état de notre petit archipel Guadeloupéen de 1705 km², situé dans les Petites Antilles, au centre de l’Arc Caraïbe avec quelque 435 739 habitants environ, et devenu l’une des neuf régions ultra périphériques de l’Union européenne, en sa qualité de région française.

On en parle souvent pour saluer la beauté de son paysage ainsi que la qualité de ses performances sportives mais aussi pour déplorer, du moins du côté de celles et ceux qui y résident en permanence, sa capacité de violences de toutes sortes, son taux fort élevé de chômage, son éternel déficit commercial et, pourquoi pas, la décadence des repères qui, naguère, servaient de boussole à ses ainés. Et pourtant, l’impressionnant parc automobile desservant de somptueux Centres Commerciaux semble satisfaire plus d’un, à commencer par un certain nombre d’acteurs  politiques, fiers de relayer sans le moindre débat local les mots d’ordre venus de Paris ou bien de leurs partis domiciliés sur les rives de la Seine ou plus simplement du gouvernement central.

En vous réunissant ce soir, le Comité d’Initiative pour un Projet Politique alternatif dit CIPPA qui est un parti politique authentiquement guadeloupéen et libre de toute attache extérieure, ne vous invite pas pour autant à une messe de recueillement.

Son président, Alain PLAISIR, ancien inspecteur  des douanes, qui fut son porte – drapeau aux dernières élections régionales de 2010, fait entendre régulièrement sa voix discordante sur les évènements de l’actualité quand il ne s’exprime pas dans des ouvrages aujourd’hui connus pour la profondeur de leur analyse sur « la Conquête du Marché intérieur », la Guadeloupe et les Fonds Européens », la « Zone Economique Exclusive de la Guadeloupe », « l’Octroi de mer ». Ces publications sont encore disponibles en librairie

La croisade  du CIPPA ne faiblit pas malgré les moyens limités qui s’offrent à lui pour accéder avec objectivité et sans exclusive aux puissants circuits d’informations propres à lui permettre d’être encore plus présent dans le landernau politique local.

C’est dans ces conditions que j’ai pour mission  de vous préparer à recevoir les projets du CIPPA qui seront exposés par le Président PLAISIR dans quelques instants au moment où tout citoyen de bonne volonté s’interroge sur la Guadeloupe de demain.

Le 4 mai 1958, c’est – à dire à l’aube de la 5ème République, l’Association « la Revue guadeloupéenne » à l’occasion d’un colloque historique tenu au Cinéma – Théâtre « Renaissance » à Pointe – à – Pitre sous la Présidence de feu le Bâtonnier Joseph LATIVE donnait la parole à des représentants d’appartenances diverses de la société guadeloupéenne afin de dresser le bilan de l’Assimilation. Il s’est trouvé que l’idée  d’une autonomie interne de la Guadeloupe présentée par beaucoup d’orateurs comme le remède aux maux de l’époque avait constitué le plat de résistance de cette manifestation désormais inscrite dans les annales.

57 ans ont passé. Plus d’un demi – siècle. Et pourtant l’on ressent  l’impression qu’en cette année 2015 nous en sommes au même point de nos inquiétudes et de nos interrogations.

Ce 4 mai 1958, Elie CHAUFFREIN, alors maire de Basse – Terre et proviseur du lycée GERVILLE – REACHE avant d’être muté « politiquement » au lycée Alain à Alençon déclarait :

« Il faut admettre avec bonne foi que les guadeloupéens « ne sont pas capables de résoudre seuls le problème de « leur nouveau statut politique ; il faut admettre aussi « qu’ils n’ont pas les moyens nécessaires pour imposer « une solution à la métropole… Si la conception de « l’autonomie interne est adoptée, il faudra immédiatement « travailler à préparer toutes les conditions qui en feront « une réalité : les conditions économiques doivent avoir la « priorité sur toutes les autres ».

Détail important : la prophétie du Maire CHAUFFREIN qui était en fait celle du Parti Communiste défendue notamment par Gerty ARCHIMEDE  et Nicolas LUDGER et reprise même par des hommes que l’on disait de droite comme Amédée VALEAU, lequel  dans le journal Match du 11 avril 1958 réclamait un « statut spécial en réaction à une assimilation imparfaite que l’Administration a baptisée du nom barbare de départementalisation (sic), cette prophétie, dis – je, s’inscrivait dans le contexte international de la guerre d’Algérie, de la conférence de BANDOENG, de la conférence d’ACCRA où les peuples coloniaux avaient décidé de ne plus vivre comme par le passé et de modifier leurs rapports avec leur métropole.

C’est dire que même si elle participait d’une forte idéologie politique qui ne s’embarrassait pas à ce moment là de mesures concrètes à mettre en œuvre au plan économique, la revendication d’une prise en mains de ses propres affaires par le peuple guadeloupéen n’est pas nouvelle en soi :

Elle s’appuyait également sur le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 au titre duquel 

« La France entend conduire les peuples dont elle a la « charge jusqu’à la possibilité de gérer « démocratiquement leurs propres affaires »

Il n’empêche que Rémy NAINSOUTA, le vétérinaire, homme de lettre, qui déplorait que le « pâturage et le labourage » aient été sacrifiés sur l’autel de l’assimilation de même que Paul VALENTINO aux yeux duquel, en 1958, le bilan de l’assimilation était  jugé « totalement négatif » ont été des précurseurs aux discours de l’ancien premier Ministre François FILLON exhortant les Antillais à prendre leur destin en mains ou du président François MITTERAND l’initiateur de la formule dite de « décentralisation audacieuse » qui, on s’en souvient, avait fait pleurer le sénateur de la Martinique, feu VALCIN, en 1981 parce que redoutant que la décentralisation proposée ne débouchât sur l’indépendance.

La « décentralisation audacieuse » proposée par François MITERRAND valeur de panacée susceptible d’apaiser les appels à l’autonomie.

Pendant que les uns et les autres se disputaient sur des nuances de vocabulaire, après que le Conseil Constitutionnel eut rejeté la version bancale d’Assemblée unique qui lui était présentée par le Ministre EMMANUELLI, du gouvernement MAUROY, la départementalisation dite adaptée voire décentralisée continuait d’embellir son parcours à l’aide d’un renforcement de structures portuaires, routières, scolaires et autres avec en toile de fond la magie d’une Europe généreuse, attentive et indispensable. Tous ces efforts au demeurant non négligeables n’ont pas pour autant occulté la question qui ne cesse de hanter les esprits depuis 1958 : Faut –il que la Guadeloupe change de statut politique pour que ses déboires économiques et sociaux soient résolus et qu’elle s’affirme avec son identité dans le concert d’une mondialisation dont elle fait partie ?

Le gouvernement de la République a rallumé le débat en promulguant la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 et dans la foulée il a cru pouvoir prendre tous les contestataires de vitesse en organisant précipitamment 9 mois plus tard un référendum qui tourna à son avantage, c’est – à – dire en faveur du maintien du statuquo départemental.

Or le CIPPA n’a cessé de dénoncer l’irrégularité de ce référendum qui eut tout l’air d’une véritable escroquerie intellectuelle.

Pour mieux me faire comprendre, je vous invite à prêter attention à ce qui est écrit dans le magnifique ouvrage intitulé « La Constitution de la République Française » paru aux Editions Economica en 2009, sous la direction de feu le Professeur, doyen François LUCHAIRE, l’un des pères de la constitution française du 4 octobre 1958, page 1772 :

« Deux décrets du 29 octobre 2003 ont ensuite décidé « (après la loi constitutionnelle du 28 mars 2003) de « consulter les électeurs de la Guadeloupe et de la « Martinique en application de l’art. 73 de la Constitution. « On signalera d’abord que le débat au Parlement prévu « par le second alinéa de l’art. 72 – 4 n’a eu lieu que le 7 « novembre 2003, soit après la publication de l’ensemble « des textes décidant et organisant la consultation. Mais le « recours formé contre les actes préparatoires à la « consultation des électeurs de Guadeloupe n’a pas évoqué « ce vice de procédure. Au regard de la rédaction « passablement alambiquée de la question posée comme « du fait qu’il était fait mention de l’art. 73 sans rappeler « qu’il venait d’être substantiellement modifié, on peut « également se demander si la règle énoncée par le Conseil « d’Etat selon laquelle « la question posée aux « populations intéressées doit satisfaire à la double « exigence  constitutionnelle de clarté et de loyauté « était  véritablement respectée ».

Voilà pourquoi le CIPPA ne reconnait pas la validité de ce référendum du 7 décembre 2003 teinté d’un vice de procédure et estime que la question statutaire de nature à créer un Guadeloupe nouvelle refait surface fort légitimement, quand bien même quelques démagogues se sentiraient – ils autorisés à interpréter à leur manière toutes les consultations électorales ayant eu lieu après le 7 décembre 2003 comme autant de petits référendum sur l’évolution statutaire…

Pour sa part, le CIPPA ne se laisse pas prendre à ce piège malhabilement tendu pour esquiver le débat.

Le CIPPA a pris position.

Il n’envisage pas des mesures radicales telles que l’indépendance de notre Archipel car il sait parfaitement que les terribles et inattendues convulsions qu’entrainerait la mise en œuvre d’une indépendance pure et dure par rapport à la France – qui elle – même n’est plus un pays indépendant au sein d’une Europe dictant ses directives tous azimuths  conduirait la Guadeloupe à brève échéance vers un anéantissement total.

La parfaite souveraineté appelle un apprentissage, un très long apprentissage dans le temps. Nous n’y sommes pas encore.

Il n’en reste pas moins que les temps ont changé. Le terme  d’autonomie qui avait conduit le Préfet de l’époque  à quitter la séance du Conseil Général du 2 mai 1958 en s’écriant à l’adresse du Président Henri RINALDO que les thèses autonomistes développées devant lui l’incommodaient et « mettaient en cause  la politique nationale », ce terme n’effraie plus depuis que le Premier Ministre Pierre MAUROY est venu dans la même salle du Conseil Général, présenter la loi de décentralisation de 31décembre 1982 sous l’angle de « l’autonomie des régions » qu’il a fait applaudir, comme si le guadeloupéen a toujours besoin, de lanternes venues d’ailleurs pour l’éclairer.

Chacun peut aujourd’hui user du mot d’autonomie sans risquer de se retrouver à la Prison de la santé comme l’ont été en 1967 les courageux et honorables journalistes de « l’ancien » Progrès Social dont le tort avait été de diffuser leur vision d’autonomie. Plus de trente procès d’opinion ont été engagés contre le Progrès Social sans doute au nom de la liberté d’expression dont on parle tant en ce moment !!!

Ce qui est vrai, c’est que la Guadeloupe se cherche. Nul ne saurait en douter. Les esprits s’égarent entre Assemblée unique et Collectivité unique. L’idée régionaliste chère au Président GILLOT est loin d’être absurde. Une région peut – elle avoir une assemblée souveraine, un gouvernement distinct et demeurer dans le cadre de la République une et indivisible ? Cela va de soi. Il suffit de se référer à la Constitution de la République espagnole du 9 décembre 1931. Avec la Constitution italienne du 27 décembre 1947 nous avons affaire à un système régionaliste encore mieux défini. La formule fédérale se révèle aussi à l’épreuve d’une telle souplesse qu’elle permet de concilier presque tous les états d’esprit.

La République Française est-elle prête à aller aussi loin  malgré les ouvertures qu’offre la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 ?

Pas si sûr.

En somme, tout s’articule autour de la notion de POUVOIR. Il ne suffit pas que la Martinique ait eu son Préfet martiniquais en la personne de Monsieur PETIT ni que la Guadeloupe ait eu sa préfète guadeloupéenne, voire sous le contrôle d’un ou d’une Ministre  d’origine antillaise pour se laisser endormir dans l’illusion d’un pouvoir local, quelle qu’ait été l’admirable qualité personnelle de ces deux fonctionnaires.

Un vrai pouvoir guadeloupéen pour quoi faire ?

Si naguère les thèses autonomistes n’ont pas prospéré c’est sans doute parce que depuis la création du Front guadeloupéen pour l’autonomie, des années cinquante et soixante à ce jour, elles ont souffert d’un déficit d’explications dont a profité l’amalgame malhonnête fait entre autonomie et indépendance.

Le CIPPA, au moment où Saint – Barthélémy montre la voie de l’audace, veut inverser la tendance et démontrer qu’avec un Pouvoir local d’organisation et de décision dument  affiché, la conquête du marché intérieur qui à elle seule constitue une révolution avec ce qu’elle implique comme nouvelle forme de productivité, la réappropriation du patrimoine maritime notamment par le retour de l’île d’Aves située au large du Venezuela dans l’escarcelle guadeloupéenne, la modification du système douanier sont de nature à dissiper le mal – être et le mal vivre d’un peuple résigné, à faire aimer la Guadeloupe autrement, à contenir notre jeunesse loin de l’oisiveté, donc de la délinquance, bref à motiver jeunes et moins jeunes pour la construction d’un pays nouveau et laborieux.

Prenons en le pari.

La démarche sera longue mais combien exaltante à condition que le plus grand nombre de celles et ceux qui nous écoutent quels qu’ils soient répond à notre appel.

« Soyons nous-mêmes, les autres sont déjà pris ».

Entrons donc dans le concret qui vous sera maintenant détaillé et expliqué par Alain PLAISIR.

Maurice MARIANNE

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